L’origine de District 41
Chez District 41, nous croyons que le théâtre est bien plus qu’un simple récit : c’est un espace de transformation, un lieu où l’on interroge les structures, où l’on provoque le changement. Depuis le début, notre travail est guidé par l’idée que le théâtre ne doit pas seulement refléter le monde tel qu’il est, mais aussi imaginer ce qu’il pourrait être.
En 2019, je cherchais une pièce à mettre en scène—quelque chose qui résonnait autant artistiquement que personnellement. J’ai découvert Les Louves (The Wolves), une pièce saluée par la critique aux États-Unis. Ce qui m’a immédiatement frappée, c’est sa structure : il n’y avait pas de rôle principal, mais un véritable chœur de voix, où chaque personnage apportait une perspective différente. Cette pluralité reflétait la manière dont nous vivons le monde : chacun à sa manière, et pourtant ensemble. Mais plus encore, la pièce soulevait des questions essentielles sur les inégalités structurelles. Si ces systèmes ne sont pas de notre faute, ils sont certainement de notre responsabilité. Cette idée est devenue centrale, non seulement pour Les Louves, mais aussi pour le théâtre que nous allions fonder.
Au départ, mon objectif était simple : une lecture mise en espace. J’avais choisi Les Louves en partie pour partager un projet artistique avec ma fille adolescente—une opportunité d’ouvrir des conversations essentielles. Je voulais aussi offrir une expérience professionnelle à de jeunes acteurs que j’avais rencontrés au conservatoire. Souhaitant bâtir une équipe solide, j’ai proposé à Marie-Aurélie, une ancienne camarade du conservatoire, de nous rejoindre. Sa présence a changé la dynamique : ce qui aurait pu être un simple échange mère-fille est devenu un véritable dialogue artistique, riche en débats et en découvertes.
Mais ce qui devait être une simple lecture a vite pris une tout autre ampleur. Marie-Aurélie a obtenu une résidence dans un théâtre et m’a appelée avec cette nouvelle :
« Tout ce que tu as à faire, c’est créer une compagnie de théâtre. »
« Ah, c’est tout ? »
Alors, nous l’avons fait. Nous avons nommé la compagnie District 41, en hommage à l’école où j’ai grandi, une école à classe unique perdue dans la campagne du Nebraska. Nous étions une vingtaine d’enfants, de tous horizons, réunis dans une seule pièce, où nous avions appris à croire que tout était possible. Cet état d’esprit est devenu la pierre angulaire de notre compagnie : un lieu où le théâtre peut être audacieux, inclusif et porteur de changement.
Dès notre première production, Les Louves a donné le ton de ce que District 41 allait devenir. La pièce suit une équipe de football féminine, première de sa division, mais sans véritable structure adulte pour la guider. Ces jeunes filles ressemblent à une meute de louveteaux—apprenant à survivre, seules mais ensemble. Pendant les répétitions, j’ai compris que mon rôle ne se limitait pas à la mise en scène. J’étais là pour les entraîner, les accompagner, les préparer non seulement pour le spectacle, mais aussi pour la vie.
Cet engagement est encore aujourd’hui au cœur de District 41. Nous créons un théâtre qui ne se contente pas de raconter des histoires, mais qui suscite des conversations, interroge les systèmes et incite à l’action. Parce que si Les Louves nous a appris quelque chose, c’est que le changement ne se produit pas tout seul. C’est à nous de le provoquer—ensemble.
– Kady Duffy, Directrice Artistique Cie District 41